lundi 28 juillet 2008

Cent ans de solitude de G. G. Marquez

Pour célébrer les 40 ans de son chef-d’œuvre Cent ans de solitude, publié en 1967, Gabriel Garcia Marquez s’était rendu, le 30 mai 2007, à Aracataca, son village natal, le « Macondo » imaginaire du roman. Le quotidien Matin Plus du 4 juin 2007 consacra une page à cet événement et laissa en moi une vive impression : une immense foule ou plutôt une marée humaine avait envahi les lieux, absorbant le moindre espace au point que l’auteur, surnommé « Gabo », alors âgé de 79 ans, ne put librement descendre du train, ni faire quelques pas. Il était lui-même ahuri de cette frénésie, de cette hystérie de la foule. Les yeux humides, il s’exclama : « Regardez tous ces gens... Et après ils disent que c’est moi qui ai inventé Macondo ». Et voilà ma curiosité allumée pour ce ‘‘Macondo’’ et cet auteur élevés au rang de mythe par un public hystérique. « Un instituteur insistait pour s’approcher, furibond, ajoutait le journal, ‘‘Nous sommes venus avec les enfants pour leur montrer Gabo, ils ne l’ont jamais vu, ils pensent même qu’il n’existe pas !’’ » Ce qui est curieux, c’est que cette réaction fait écho dans le roman à la mystification du colonel Aureliano, dont les générations ultérieures crurent qu’il avait été entièrement inventé par le gouvernement...

Ce n’est que cet été que j’ai pu me plonger dans cette œuvre maîtresse de Garcia Marquez, avec qui j’avais commencé par faire connaissance avec Chronique d’une mort annoncée. Il m’était apparu comme un maître du récit. C’est comme si on lui avait dit « raconte ! », et voilà notre maître prêt à tisser des histoires rocambolesques dans lesquelles vous risquez de vous entortiller si vous ne restez pas vigilants.

Cent ans de solitude raconte l’histoire d’une famille, les Buendia, depuis José Arcadio le père, fondateur de Macondo où s’installent aussi d’autres familles qui ont bien voulu le suivre, jusqu’au dernier de sa descendance, Aureliano. Il vaut mieux lire crayon en main et faire une grille des personnages, car entre les garçons, toujours baptisés soit du nom de « José Arcadio » soit de « Aureliano », nom de son second fils, et les filles appelées parfois « Ursula » (nom de l’épouse de José Arcadio père) il faut veiller à savoir qui est qui : fils, petit-fils, cousin, neveu...
On peut se perdre dans la filiation des Buendia comme dans les transformations que subit le village au contact de la modernité : l’apparition des grands moyens de communication, les ‘‘inventions’’ comme le téléphone ou le cinéma, l’industrialisation... transforment tellement le visage et les mœurs de Macondo que cette modernisation peut être considérée comme une mort lente. En effet, les Buendia s’éteignent, tous jusqu’au dernier, conformément aux prophéties du gitan Melquiades, après s’être multipliés à travers des amours marqués par l’inceste ainsi que la répétition du cercle vicieux qui les fait naître.

Cent ans de solitude, c’est un univers épique, fantastique dont la saveur littéraire est relevée par des parodies savoureuses... Monde mythique dont je saisis mieux aujourd’hui l’influence chez Sony Labou Tansi. Bref c’est un roman qui m’attendait depuis longtemps et maintenant c’est chose faite.

10 commentaires:

GANGOUEUS a dit…

On pourrait se lancer dans de longues tirades glorifiants cet oeuvre sublime de Garcia-Marquez.

Personnellement, j'ai aimé la pluralité des personnages et je ne sais si c'est parce que je les avais si bien intériorisé, mais j'arrivais toujours à savoir de quel Auréliano on parlait, de quel Arcadio on brossait le portrait, ou encore des Rémédios...

Ce qui est intéressant dans cet oeuvre, c'est le caractère à la fois concis et complet des portraits. On retrouve cette même concision chez Sépulvéda dont grande est l'influence de G-G dans l'oeuvre de cet auteur chilien.
De plus les parcours ne sont pas si enchevêtrés que cela, comme si Garcia-Marquez voulait empiler des successions de solitude. C'est personnellement ce qui m'a le plus frappé : comment parler aussi magnifiquement de la solitude des personnages alors qu'ils sont si nombreux. Une lectrice m'a affirmé qu'il y a 100 personnages dans ce roman...

Cette reconnaissance du peuple de "Macondo" est à la hauteur du portrait magique que le peintre Garcia a fait de ce village de Colombie... Je ne sais pas si c'était déjà arrivé.
Un très beau commentaire pour un très grand roman.

Merci!

Liss a dit…

Je souscrit totalement à ce que tu dis en ce qui concerne la solitude des personnages, chose que je n'ai pas soulignée, merci de me compléter et de faire ainsi le lien avec le titre. En effet c'est singulier comme au sein de cette famille, chacun est en réalité seul, n'est pas compris par les autres, ou seulement après coup... Seul le lecteur est introduit dans leur intimité, leur monde intérieur, leur vérité.
J'apprécie ta finesse d'analyse.

GANGOUEUS a dit…

Merci Liss,

Il faut dire que "Cent ans de solitude" est dans le top 5 des meilleurs romans que j'ai lu. L'analyse dans ce cas est simplifié.

Si tu permets, il y a un autre point intéressant qui a sûrement contribuer à l'appréciation positive que j'ai de cette oeuvre:
La dimension fantastique selon certaines critiques que j'associe à l'influence du syncrétisme religieux du Nord de la Colombie traduit cette intéraction entre les morts et les vivants. Cette forme de culte des ancêtres qu'on retrouve au début du roman avec le vieux José Arcadio Buendia... Je trouve qu'il y a quelque chose d'africain dans cet aspect de la narration de Garcia-Marquez.

Les influences sont multiples dans cet ouvrage. Bon je m'arrête là.

Tu auras compris que je kiffe grave ce roman.

Liss a dit…

ça, je le vois que tu évolues dans Cent ans de solitude comme un poisson dans l'eau. Je t'avoue que je n'ai lu aucune critique avant de faire mon papier, même la présentation d'Albert Bensoussan, je n'en ai lu que les premières lignes ; je pense bien bien qu'il doit exister des tonnes de documentations éclairant l'oeuvre du Colombien, et je n'ai pas voulu y mettre le nez pour ne pas être influencée, mais maintenant que j'ai essayé de définir mon propre regard, je ferai bien d'y jeter un coup d'oeil pour apprendre à mieux le connaître et le comprendre sans doute...
La discussion est toujours intéressante avec toi, je me demande ce que ce sera quand j'aurai passé Morrison à la casserole.

Anonyme a dit…

Je reviens de très loin, c'est vrai car cela fait des années que cet article a été publié...Mais j'ai tenu à laisser un mot sur ce grand romancier que j'ai connu il y a un an à travers "Cent ans de solitude". la multitude de personnages et la particularité de leur solitude, m'ont impressionné dans ce grand récit de G.G. Marquez. Toutes les fois que j'avais passé ce roman à un ami, il me demandait quelques jours après si je l'avais lu moi même. c'est dire qu'il faut aimer les livres pour aimer G.G. Marquez. Délirant son récit. iI m'a marqué pour la vie, son roman.
Merci

Liss a dit…

Cher Anonyme,

je vous remercie d'avoir laissé une trace de votre lecture de ce roman-phare de Garcia Marquez, c'est un livre qui a une forte personnalité et ne laisse pas insensible.

Le Marginal Magnifique a dit…

Pour ma part je trouve ce roman très surfait et peu brillant, certes bien écrit et témoignant d'une belle puissance narrative chez son auteur, mais totalement creux.

Gabriel Garcia Marquez a une imagination foisonnante, mais quel intérêt ? Où est le génie ? Le livre ne présente aucune structure construite, il n'y aucun fil conducteur, aucune analyse psychologique, nous sommes en présence de faits imaginaires relatés avec une densité décourageante, qui plus est sans beaucoup d'humour ni beaucoup d'esprit...

D'ailleurs Marquez a dit lui-même ne pas comprendre le succès de ce livre en particulier : "La plupart des critiques ne réalisent pas qu'un roman comme Cent ans de solitude est un peu une blague". Certains livres sont hissés au panthéon de la littérature mondiale et parois cela reste énigmatique, voire injustifié. Non, non, je ne trouve pas ce livre brillant...

Je préfère largement l'œuvre de Tolstoï qui relève véritablement du génie !

Liss a dit…

Cher Marginal Magnifique,

Bienvenue dans cet espace qui s'enrichit des commentaires laissés par les uns et les autres. J'ai coutume de mettre en avant les points positifs d'un livre, dans Cent ans de solitude : l'imagination, la dextérité dans la narration... Cependant, même si j'ai apprécié de lire enfin cette oeuvre célèbre, je n'irais pas jusqu'à la porter aux nues, ce roman ne figurerait pas dans mon top 5, comme le déclare par exemple Gangoueus dans son commentaire. Mais je n'irais pas non plus jusqu'à dire que ce roman manque de fil conducteur, ni qu'il est d'une "densité décourageante". Je pense que la densité n'est pas un problème lorsque l'intérêt y est. Visiblement, vous n'y avez pas trouvé votre intérêt et je vous comprends. Je connais d'autres lecteurs, une lectrice en particulier, qui n'a pas du tout apprécié au point de ne pas être allée au bout...

GANGOUEUS a dit…

Aucun fil conducteur? Mais il faudrait ma paire de lunettes alors.

Mais le grand personnage qui tient tout ce roman, c'est la solitude. Mais enfin, la clef est dans le titre, comment n'est pas évident? Le chef d'oeuvre, l'originalité est d'affirmer la force de la singularité dans un clan pesant par son héritage familial. la première des constructions de cette oeuvre réside dans paradoxe ou la foule ne peut pallier à la tragédie de l'individu.

Mais il y a une part d'Afrique dans ce roman qui rebute certains lecteurs occidentaux. Cent ans de solitude est un roman africain. On y parle pas aussi efficacement du culte des ancêtres que lorsque Garcia Marquez met en scène cette intéraction entre les morts et les vivants. C'est difficile à comprendre quand on n'a pas ce contexte culturel. Après lecture, j'ai découvert a, enfant, beaucoup entendu de contes narrés par une nounou afrocolombienne...

Ce qui explique cette présence négre pour ne pas dire négro africaine dans ses textes...

Liss a dit…

Cher Gangoueus, pour sûr, Jacques Vergès n'aurait pas mieux défendu ce roman s'il avait eu à le faire au tribunal ! Beau plaidoyer... et éclairage utile aussi, je crois également que la culture personnelle y est pour beaucoup dans la perception que nous avons des romans, un autre exemple me vient à l'esprit : "Trois femmes puissantes" de Marie Ndiaye.