mercredi 2 février 2011

Noires Blessures, de Louis-Philippe Dalembert

Un roman qui vous prend en otage dès les premières lignes, voilà ce que recherchent les lecteurs qui ne demandent qu’à être captifs des serres d’un auteur, le temps d’une lecture.




Noires Blessures met en scène deux personnes qui sont en quelque sorte sur un ring : un Noir, Mamad White, et un Blanc, Laurent Kala. On remarque d’emblée la curiosité des noms qui sont comme inversés. Le Noir porte le nom de ‘‘Blanc’’ et le Blanc un nom tout africain, à l’instar du héros de L’Impasse, de Daniel Biyaoula. En langue congolaise, ce nom signifie précisément ‘‘charbon’’, c’est-à-dire ‘‘noir’’. L’un a tenté, au prix de sacrifices de tous les siens, de gagner l’ Eldorado européen, comme Soleiman et Boubakar, personnages du roman de Laurent Gaudé, car il faut sortir la famille de la misère. Il a failli y laisser sa vie. L’autre a fait aboutir sans trop de peine le projet de quitter sa France natale pour s’installer sur les terres de « ces gens », les Noirs. Cette France qui ne représente plus que ‘‘grisaille’’ et que ‘‘stress’’ depuis la disparition de son père.

L’un est l’employé de l’autre, son homme à tout faire. Ligoté à une chaise, il est sonné de coups, il est pour ainsi dire ‘‘K.O.’’, ce qui n’empêche pas l’autre, amateur de boxe, de continuer à cogner, libérant ainsi toutes ses frustrations, toutes ses peurs, déversant sur ce Noir toute la rage contenue depuis des années. Il veut lui infliger toutes les humiliations, et voici la pire d’entre elles :

Les premiers rayons du soleil éclairent la pièce d’une douce lumière. Du plat du pied, le Blanc le renverse sur le flanc, tout en sortant son sexe de son pyjama. Mamad a juste le réflexe de fermer les yeux et la bouche. Il sent le liquide chaud et salé gicler sur son visage, un jet continu qui ravive ses blessures à vif. Le Blanc aurait bu le fleuve entier qu’il n’aurait pas uriné autant. Une fois son sexe égoutté et rangé, le Blanc empoigne Mamad, le rétablit péniblement en position assise, et le coince dans un angle de la pièce qu’il prend soin de bloquer avec un canapé.
(Noires blessures, p. 103)

A ce moment de la lecture, le lecteur est un bloc d’indignation, surtout lorsque, quelques minutes seulement après son forfait, le Blanc est « ému aux larmes » à cause du chant des oiseaux dans la forêt qui semble faire écho au chœur de gospel qui s’échappe de son lecteur de disque. Quel est donc cet homme qui se montre d’une inhumanité révoltante et qui, dans le même temps, se laisse émouvoir par la nature autour de lui ? C’est alors que Laurent Kala se met à se raconter.

Le roman est donc composé de deux parties, séparées d'intermèdes pris en charge par un narrateur externe, où chacun des personnages déroule le fil de sa vie : son enfance, ses frustrations, ses échecs, ses espoirs, ses motivations. Blessures d’un peuple. Blessures de l’enfance qui, bien souvent, expliquent les dérèglements de l’adulte. Très bon roman. Tout y pèse son poids : le dit, le ton, la construction. Il mêle également, en un tout harmonieux : histoire, musique et sport.

Très belle découverte de cet auteur, que je ne connaissais que de nom, et de la littérature haïtienne avec laquelle je n’avais flirté jusque-là qu’au travers de quelques œuvres de Dany Laferrière.
Louis-Philippe Dlembert, Noires Blessures, Mercure de France, décembre 2010, 226 pages, 16.50 €. Un roman à lire !!!

10 commentaires:

zarline a dit…

C'est le prochain sur ma liste. J'espère être autant séduite que toi ;-)

kinzy a dit…

Je prends !On se demande BIEN ce QUI SE PASSE DANS LA TËTE DES BLANCS;
et pour compléter ta liste d'écrivain Haîtien , je te conseille de lire EDWIGE DANTICAT,un vrai régal!
Je t'embrasse , ma chère Liss, ainsi que ta famille

Liss a dit…

@ Zarline,

je te souhaite d'avance une très bonne lecture. L'auteur donnant la parole à l'un comme à l'autre, chaque lecteur devrait pouvoir y trouver son compte.
Et puis c'est un roman "mâture", je veux dire d'un auteur dont le talent est "mûr".

@ Kinzy,

C'est tout à fait la question qu'on se pose : mais quelle mouche l'a donc piqué, ce Blanc ? Qu'est-ce qui lui prend ? Il est fou ? Sans vouloir te dévoiler la suite, le lecteur est moins enclin à le condamner sans jugement, mais c'est bien triste, cette incompréhension qui donne naissance à la violence gratuite !
Je note Edwige Danticat, MERCI.

St-Ralph a dit…

Ton analyse donne envie de lire le livre. Le passage cité donne envie de savoir ce qui peut mener un homme à un tel geste. Le criminel est énmu aux larmes devant un chant d'oiseau ! Dans "la couleur des sentiments" de Katlyn Stockett, il y a une situation semblable. Une Blanche méprise les Noirs qui l'entourent mais veut conduire une oeuvre caritative à l'adresse des Noirs d'un coin du monde.

Liss a dit…

Cher St-Ralph,

"Noires blessures" est un de ces romans écrits pour toi, je veux dire que je pense connaître tes goûts maintenant, qui souvent rejoignent les miens et si tu veux un titre, par exeple pour les vacances d'hiver qui se profilent à l'horizon, ce roman saura combler ton appétit. Il y a un autre livre que je suis en train de lire : 'Route de nuit", qui a l'avantage de ne pas exiger plusieurs heures de lecture. Certains passages m'ont fait penser à toi et à un de tes billets.
Quant à moi, je note "La couleur des sentiments", ton billet et ton commentaire m'ont convaincue.

Caroline. K a dit…

J'attendrais sa sortie en poche Liss. C'est l'auteur lui même qui m'a donné envie de le lire, mais pas tout de suite.

C'est encore en ligne, si jamais tu as le temps de l'écouter, je te mets le lien.

http://www.rfi.fr/emission/20110117-2-ecrivain-haitien-louis-philippe-dalembert

Je te souhaite un bon dimanche

bises

Caro

Liss a dit…

Je n'avais pas suivi cette émission, merci pour le lien, ma Caro.

Françoise a dit…

quel roman chère Liss !c'est toi qui me l'a recommandé et encore une fois bon choix ! c'est un livre très violent et chamboulant, les premières pages sont absolument terribles et maintiennent ensuite le lecteur sous haute tension.....à la recherche d'une explication qui apparaît ensuite au fil des pages .Y a t-il des excuses au racisme et à la cruauté ? bien sûr que non, mais il y a parfois des dommages dans l'enfance qui ont des conséquences dramatiques sur la construction d'un individu .C'est là où ce texte est fort, il arrive presque à nous apitoyer sur le bourreau ...je dis bien presque! excellent bouquin, excellente écriture, il va me hanter un bon moment .

Liss a dit…

J'étais sûre qu'il te plairait, ce roman, je sens comme une gemellité dans les émotions que nous éprouvons, ou n'éprouvons pas, face à une lecture ! La preuve ? Tu t'exprimais une fois, sur la blogosphère ou sur FB, je ne sais plus, sur Cent ans de solitude, qui ne t'avais pas emportée au paradis des lecteurs, eh bien figure-toi que, en ce qui me concerne, il ne me viendrait pas à l'idée de le classer dans le top ten de mes meilleurs lectures non plus, même si, en le lisant, on sent la maturité de son auteur ; le foisonnement de son imagination a aussi quelque chose d'impressionnant, mais voilà, il ne s'est pas produit le coup de foudre qui fait que l'on repense longtemps après à l'objet du coup de foudre.
Noires Blessures figure parmi mes coups de coeur de cette année.
Je suis un peu triste ces temps-ci car je n'ai pas pu me consacrer à mes lectures perso, et Dieu sait comme j'ai du retard à rattraper, des livres que tu m'as recommandés notamment, comme Si tu cherches la pluie par exemple...

super a dit…

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