lundi 28 novembre 2011

De Sacha à Macha, de Rachel Hausfater et Yaël Hassan

Après avoir passé la semaine dernière à faire l'apologie de l'épistolaire sur facebook, disant notamment que les courriels, les SMS et autres chats n'égaleront jamais en émotion, en beauté et en pureté la bonne vieille lettre papier, cela peut sembler un peu curieux que je vienne vous parler du bien que m'a fait la lecture d'un roman entièrement constitué d'échanges... électroniques.


Vous auriez espéré que je vous parle des Liaisons dangereuses de Laclos ? Une autre fois, peut-être. Pour l'instant je suis bien ancrée au XXIe siècle. En effet, on ne peut se voiler la face : les courriers que les amis, les connaissances s'envoient aujourd'hui se font presque exclusivement par le biais d'Internet. La poste ne sert plus que pour des envois de nature administrative, ou pour des cartes postales, lorsqu'on est loin des siens, mais là également le virtuel a pris le pas sur le réel, de nombreux sites proposant des cartes postales électroniques. Mon ami Cunctator a fait (ci-dessous) une mise au point intéressante sur les divers moyens de communiquer aujourd'hui, je n'y reviens donc pas.

Je dis simplement que Internet a des aspects pratiques non négligeables : la rapidité, le fait de ne pas avoir besoin de se déplacer, de faire la queue pour acheter un timbre etc... Cependant le courriel perd-il totalement en émotion, en chaleur ? En lisant ce court roman écrit à quatre mains, on retrouve le plaisir de la correspondance, sa vivacité, mais aussi le voile et le dévoilement qui caractérisent la communication par l'écrit.




Sacha est un adolescent plutôt solitaire. Il est en classe de troisième et vit avec son père. Il décide d'envoyer des mails à des destinaires inconnus, des filles au prénom à consonnance russe. Il a ses raisons. Il essaie des pseudo comme "Natacha", puis "Anouchka", avec le message suivant : "Il y a quelqu'un ?" Mais les mails lui reviennent : les adresses sont invalides. Il essaie avec Macha. Là, contre toute attente, il obtient une réponse : 
"Bien sûr qu'il y a quelqu'un, puisque je suis là, moi ! Quelqu'un ou plutôt quelqu'une. Ou même ni quelqu'un ni quelqu'une mais moi, Macha..."

C'est ainsi que commence la relation épistolaire entre ces deux adolescents, car la jeune fille, Macha, est à peu près du même âge que Sacha, elle est en quatrième. Les deux correspondants, ainsi que le lecteur, apprennent des éléments l'un sur l'autre mail après mail. Ils s'accordent pour ne pas se livrer en "en vrac", préférant se deviner, approcher la vérité à tâtons :

"Je suis d'accord pour avancer à tout petits pas, à tout petits mots. ça ferait trop peur, sinon. Et puis quand on dit tout, on ne dit souvent rien. Parce qu'il y a des choses qu'on ne peut pas dire d'un coup, et ce sont justement celles-là qui sont importantes. Et vraiment vraies."
(page 20)
C'est ce que déclare Sacha à Macha. Et celle-ci comprendra, au fil des jours et des échanges, qu'il y a un sujet que celui se refuse à aborder. Elle comprendra qu'un drame a dû se produire qui explique le comportement de son correspondant.

Humour, profondeur, humanité, sincérité... Rachel Hausfater-Douieb et Yaël Hassan ont toutes deux mis dans leur livre les ingrédients qui feront que vous trouverez celui-ci captivant, même si vous n'êtes plus ado.

Rachel Hausfater-Douieb et Yaël Hassan, De Sacha à Macha, Flammarion jeunesse, 160 pages, première édition : 2001.

12 commentaires:

Cunctator a dit…

Eloge de la correspondance électronique. encouragement à correspondre et non à échanger des vacuités. La chance avec la messagerie internet c'est qu'elle met de côté les soucis pratiques tels que l'obtention des timbres et des enveloppes. Elle peut être bénéfique si on ne s'attèle pas à donner à la correspondance électronique l'aspect qui lui est plus connu, c'est à dire la simplicité et la rapidité. Pour le reste, c'est vrai Liss, la correspondance épistolaire ne pert rien dans sa forme électronique. Si le support est différent le but est semblable.

Liss a dit…

Le but est semblable, en effet. Je crois aussi que la correspondance électronique sollicite l'attention de la personne autant que lorsqu'on rédige la lettre papier, avec l'avantage qu'on n'a pas besoin de faire un brouillon car on peut se corriger au fur et à mesure, donc c'est bien pratique, le clavier. Par contre pour les archives, ce n'est pas l'idéal. Une lettre manuscrite aura tellement plus de valeur qu'une copie de mail ! Et c'est un plus de connaître "l'écriture" d'une personne, d'un auteur. Combien seraient capables de reconnaître l'écriture d'un ami, s'ils ne correspondent que par mail ?

St-Ralph a dit…

Ta dernière remarque est tout à fait juste et très intéressante, Liss. Il y a quelque chose de quelconque et de neutre dans l'écriture du clavier mécanique ou élecronique. Cependant, il me semble que cette impression est vraie seulement quand l'écrit s'adresse à nous personnellement. Sinon, pourquoi n'avons-nous pas la même impression devant les caractères mécaniques de l'écriture d'un roman ? Ouh là ! Je crois mettre le pied dans quelque chose de trop complexe !

Nous avons beau avoir toute notre raison, je crois qu'une lettre privée écrite à la machine ne nous fait pas le même effet qu'une lettre manuscrite. Et pourtant l'une et l'autre sont des lettres privées. De la même façon, il est difficile d'expliquer pourquoi certaines personnes ne peuvent supporter de boire leur vin dans n'importe quel type de verre.

Liss a dit…

Il y aurait effectivement beaucoup à dire sur le sujet, cela dépend aussi de l'angle sous lequel on considère les choses.

Quelle force de conviction, St-Ralph, j'ai commandé hier Galadio... reste à le placer dans ma pile, je ne sais quand je le lirai, mais je sens que ce sera avec bonheur.

St-Ralph a dit…

La première partie de Galadio ne peut manquer de retenir l'attention. Je suis convaincu que tu apprécieras. Parce que c'est un livre que l'on aborde comme en passant, - compte tenu de sa petitesse - il y a de fortes chances que tu le lises très prochainement.

Liss a dit…

Eh bien, St-Ralph, tu es un redoutable "vendeur"... Adjugé ! je vais lire Galadio très prochainement.

kinzy a dit…

hello
Et la téléphatie ? Vibration gratuite et rapide qui vous connecte même à votre insu.
C'est le télescopage des esprits Une manière de rester toujours en relation même en l'absence de mots.
J'y crois et je fonctionne ainsi.
N'est ce pas Liss ?

Liss a dit…

Le "télescopage des esprits", c'est bien dit, Kinzy, je crois aussi que c'est une manière "magique" de rester en relation ou d'être ensemble... sinon je ne t'aurais pas connue.
Bises.

Anonyme a dit…

J'ai lu ce livre et je l'ai trouvé vraiment super!!!!
Je l'adore, c'est vraiment très bien écrit et l'écriture utilisée (par mails) est vraiment originale!!
Je n'ai q'un ot pour décrire ce livre:
INOUBLIABLE!

Liss a dit…

Cher anonyme,

je vois avec plaisir que vous avez apprécié ce roman. Très belle lecture !

Marine Seika a dit…

Bonjour. J'ai lu ce livre pour mon collège et je l'ai vraiment trouvé magnifique. Cette histoire est vraiment très bien écrite.

Liss a dit…

Bonjour Marine Seika, jusque là je n'ai que des avis unanimement favorables, comme vous le dites l'histoire est touchante et bien écrite. Merci d'avoir laissé une trace de votre passage ici.