vendredi 1 octobre 2010

La parure et autres nouvelles de Maupassant

Il y a des auteurs devant lesquels on a envie de s'incliner pour leur exprimer notre gratitude, pour leur témoigner notre respect. Respect pour une plume aussi alerte, aussi subtile. Guy de Maupassant. Devant un maître, comment ne pas s'incliner ? Maupassant fut un maître du récit bref. A l'époque, la nouvelle avait toutes les faveurs du public, et pour satisfaire celui-ci, il se transforma en fontaine auprès de laquelle on venait étancher sa soif d'histoires saisissantes et peu consommatrices en temps de lecture. Maupassant nous a laissés plus de trois cents nouvelles, les unes réalistes, les autres fantastiques. Parmi les plus célèbres : Boule de suif et Le Horla, deux textes représentatifs des deux genres et absolument émouvants. De multiples éditions des nouvelles de Maupassant (appelées aussi contes au XIXe siècle) existent à ce jour, et je voudrais vous parler de l'un d'eux en particulier : La parure et autres nouvelles.


C'est un recueil de sept nouvelles qui se déroulent toutes à Paris. Les personnages pourraient être heureux avec ce qu'ils ont, mais cela leur semble insuffisant, le démon du paraître surtout, ainsi que la convoitise, l'envie (les autres semblent tellement plus beaux, plus riches, plus épanouis !) les poussent à commettre des actes qui finalement causent leur perte plutôt que leur bonheur. On pourrait être tenté de dire "c'est bien fait pour eux", mais on ne peut pas ne pas compatir et plaindre ces personnages. Ils nous ressemblent tant ! Ils nous rappellent des histoires vécues par des proches. Ces personnages n'ont pas su reconnaître le bonheur qui était à leur portée, c'est en cela que ces récits sont aussi vivants qu'à l'époque où ils furent écrits : au XIXe siècle comme au XXIe, l'amour du luxe, la volonté de paraître dans le beau monde ou de cotoyer des célébrités, les infidélités conjugales, les trahisons... demeurent d'actualité, mais Maupassant insiste davantage sur le goût des femmes pour les bijoux, ainsi que la trahison sournoise au sein du couple.

Je ne vais pas vous résumer chacune des nouvelles, pour ne pas gâcher votre plaisir, simplement une petite mise en bouche :

"Est-il un sentiment plus aigu que la curiosité chez la femme ? Oh ! savoir, connaître, toucher ce qu'on a rêvé ! Que ne ferait-elle pas pour cela ? Une femme, quand sa curiosité impatiente est en éveil, commettra toutes les folies, toutes les imprudences, aura toutes les audaces, ne reculera devant rien. Je parle des femmes vraiment femmes, douées de cet esprit à triple fond qui semble, à la surface, raisonnable et froid, mais dont les trois compartiments secrets sont remplis : l'un d'inquiétude féminine toujours agitée ; l'autre, de ruse colorée en bonne foi, de cette ruse de dévots, sophistique et redoutable ; le dernier enfin, de canaillerie charmante, de tromperie exquise, de délicieuse perfidie, de toutes ces perverses qualités qui poussent au suicide les amants imbécilement crédules, mais ravissent les autres."
(Incipit de Une aventure parisienne)


De fait, l'héroïne dont il sera question est curieuse de savoir ce que ça fait d'avoir une liaison, elle se dit que les ébats avec un amant doivent être beaucoup plus palpitants que le monotone corps à corps avec son mari. Elle fera tout pour vivre l'expérience... à ses frais.

Ce qui m'émeut davantage avec Maupassant, c'est sa capacité à parler de ses propres expériences, il peint admirablement bien la société, mais il s'observe aussi et sait mettre dans ses textes une part de lui, une dose de la souffrance qu'il peut vivre lui même, en tant qu'être humain. On sait qu'il contracta la syphilis, une maladie sexuellement transmissible qui a notamment pour conséquence de provoquer des hallucinations. Il sombrera dans la folie et s'éteindra prématurément à 43 ans, dans un asile. Plusieurs nouvelles de Maupassant abordent le sujet et nous montrent des personnages que la société ne juge pas saints d'esprit, mais qui gagnent la sympathie du lecteur. Lisez par exemple La Chevelure, quel talent ! quel conteur, Maupassant ! Chapeau.


Guy de Maupassant (1850-1893), auteur de six romans (J'ai lu plusieurs fois Pierre et Jean durant ma jeunesse, si tant est que je suis devenue vieille) et de plus de trois cents nouvelles.
Le plaisir de la lecture à petit prix : pour même pas trois euros, achetez un recueil de nouvelles de Maupassant. Sinon, vous pouvez aussi les lire sur Internet.

Le recueil La parure et autres nouvelles comporte les titres suivants :
- La Parure
- Une aventure parisienne
- A cheval
- Les Bijoux
- Le Père
- La Dot
- Le rendez-vous

19 commentaires:

St-Ralph a dit…

Ton billet m'a poussé à relire avec plaisir cette nouvelle de Guy de Maupassant. Moi aussi j'apprécie sa plume alerte et précise pour peindre les âmes humaines. Permets-moi d'ajouter au passage que tu as cité cet autre, tiré de la parure, qui témoigne de l'attention que cet auteur portait à l'être humain : "...les femmes n'ont point de caste ni de race, leur beauté, leur grâce et leur charme leur servent de naissance et de famille. Leur finesse native, leur instinct d'élégance, leur souplesse d'esprit sont leur seule hiérarchie, et font des filles du peuple les égales des plus grandes dames". Que c'est bien dit !

Mais de Maupassant, je retiens surtout BEL AMI. Un livre magnifique ! Une belle écriture et une peinture très juste de l'attente, du besoin, de l'âme en quête du bonheur. Le film est également magnifique. Je l'ai même regardé deux fois.

Liss a dit…

Passage magnifique de l'incipit de La Parure, en effet. J'ai plus lu le Maupassant nouvelliste que romancier, j'ai beaucoup de retard à rattraper, notamment avec Bel Ami. J'ai trouvé en toi un ami qui me conduit sur le droit chemin, je parle du chemin qui mène au paradis des lecteurs. Franchement, St-Ralph, nos goûts se rencontrent souvent, et ça me réjouit !

St-Ralph a dit…

Merci pour le compliment, Liss ! Mais pour ce qui est du paradis des lecteurs, tu es également un chemin. Je viens enfin de recevoir le livre de Baldwin (La prochaine fois le feu).

Cette année, je lirai certainement beaucoup moins et publierai donc peu, à cause de mes nombreuses heures supplémentaires. Malheureux, je suis.

Liss a dit…

Le feu de Baldwin enfin reçu ? Alleluia ! Il compensera largement les autres lectures que tu ne pourras pas faire cette année, je t'assure, je trouve que Baldwin résume assez bien, je voulais dire très bien, la situation du monde aujourd'hui, il dit l'essentiel.

Des heures supplémentaires ? Tu es un bon citoyen : Faut travailler plus pour gagner plus, heureux sera ton portefeuille.

Anonyme a dit…

Je découvre ce blog que j'apprécie, et l'écrivain que j'aurais le temps d'apprécier.(Dieu qu'on ne peut être au courant de tout!)

Félicitation pour l'article!

Je suis plûtot du côté du réalisme, donc des nouvelles réalistes maupassantiennes.

Par ailleurs, j'ai découvert une communication du 13 août à Evry.

A cet effet, je ne puis alors m'empêcher de vous proposer d'avoir l'amabalité de faire un rapprochement avec la communication suivante:
http://www.starducongo.com/La-Litterature-congolaise-a-annonce-l-independance-du-Congo_a2665.html

Bien cordialement

A E

Liss a dit…

"Dieu qu'on ne peut être au courant de tout!" Je confirme, en effet, car ce qui m'a sauté aux yeux, d'emblée, ce sont les noms qui m'ont échappé (mais j'en étais certainement que ma liste n'était pas exhaustive), je devrais donc ajouter : Eric Dibas Franck, Patience Fiélany par exemple, et bien entendu Aimé Eyenga. Merci pour le lien, j'ai lu la conférence avec plaisir. Je rajouterai le lien à la fin de mon bref compte-rendu, pour permettre à chacun de varier ses regards sur cette si riche littérature. J'ai cliqué sur le lien qui devait conduire à votre blog, mais cela n'a pas marché, l'adresse a-t-elle changé depuis 2008, date de publication de la conférence ?
Enchantée de faire votre connaissance, j'espère que nous chemins se croiseront de nouveau, sur la toile ou à l'occasion d'une manif...

Aimé a dit…

Oh que de modestie de votre part! C'est pour ma méconnaissance que j'ai imploré Dieu: "ce que je sais c'est que je ne sais rien" dirait l'autre.

C'est le blog qui a été mal indiqué; il n'a pas changé par ailleurs:
http://eyengue.blog.fr -
lire Aimé Eyengué

Merci pour votre promptitude.

Aux vents nouveaux

A E

Liss a dit…

Cher Aimé,
j'ai rajouté le lien à mon compte-rendu sur le cinquantenaire de l'Indépendance organisé à Evry, et j'ai également découvert votre espace.

Anonyme a dit…

Bonjour,

Voici ce que j'ai comme résultats en voulant poster:

Impossible d'accepter votre texte HTML: Tag is not closed: I

O.G.

Obambé a dit…

Bonjour les parents,

Liss donne envie de lire cet homme que je n'ai jamais lu entièrement pour la bonne et simple raison que la 2e chaîne de TV française a eu la bonne idée d'adapter à la TV les nouvelles de cet homme que je peux qualifier d'enchanteur. Et, dans ce cas, une grave maladie me prend, m'étreint et j'ai du mal à en guérir: pourquoi aller lire un roman, une nouvelle, un poème dont j'ai "vu" le début, la fin, l'intrigue à la télé ou au ciné? C'est terrible car j'aime bien faire l'inverse: lire d'abord et regarder ensuite. Oui, je sais: dans un livre, on a plus de détails, plus d'infos et on y découvre forcément des perles, des pépites, des joyaux qui pourraient embellir encore plus l'univers de l'auteur. Bon, je dois avouer que par le passé j'avais lu certains de ses contes (Mademoiselle Fifi, La rouille...)

Bon, un effort s'impose.

@+, O.G.

Obambé a dit…

Bon, cette fois c'est passé: il faut toujours persévérer pour lutter contre les démons qui n'aiment pas les livres, lol!

O.G.

Liss a dit…

Grand-frère,

je ne serai jamais d'accord à ce sujet, le texte lui-même, c'est une autre dimension : c'est là que tu vas trouver les perles, les pépites et les joyaux que tu décris si bien. Je conçois que l'idéal, c'est de "lire" d'abord, et de "voir" ensuite, mais même si on a commencé par voir d'abord, lire conserve sa saveur, surtout quand il s'agit d'un auteur comme Maupassant. France 2 nous fournit de belles adaptations, mais cette dimension cinématographique n'enlève rien à la densité du texte lorsqu'on le lit...
Bon, comme tu l'as dit, un effort s'impose, et c'est un effort qui sera largement récompensé, je t'assure.
Dis-moi, grand-frère, okosala nini na mokolo ya le 28 octobre ? Programme na yo eza ndenge nini ?

St-Ralph a dit…

Je vois que Maupassant n'est pas le moins aimé des écrivains français. Tant mieux. Tu ne seras pas déçu, Obambé.

Bon citoyen ! Bon citoyen ! Moque-toi de moi, va ! Je veux du temps à moi ! Lire, rêver, écrire ! L'argent, je veux le laisser à ceux qui pensent avoir une santé de fer. A force de courir après l'argent, certains oublient de vivre. Ils oublient qu'ils ont une famille, des êtres à aimer.

Obambé a dit…

Mbote mpangi Liss,

Le 28/10 ? E kozala jeudi na bandi, teh ? Na kozala na mosala banda tongo tii mpokwa; likambo nini e kozala mokolo yango?

A la sortie du film puis du DVD Le dernier roi d’Ecosse, j’avais patiemment pris d’abord la peine de lire le livre et j’ai regardé le film bien après tout le monde. Idem pour La tâche de l’Américain Philip Roth. Le décalage est vraiment saisissant entre l’écrit et la transposition à l’écran. C’est pourquoi je garde cette démarche et j’ai vraiment du mal à faire l’inverse. Je m’attendais à cette réaction car tout le temps, on me demande de lire tout de même après avoir vu les films (courts comme longs-métrages).
C’est dur !
C’est dur !!
C’est dur !!!

@+, O.G.

Obambé a dit…

St-Ralph,

Le jour où l'on fera le procès de l'argent, je ne te dis pas combien de défenseurs il aura de son côté: au moins 75% des gens. Non?

@+, O.G.

Liss a dit…

Grand frère, je te réponds sur facebook à propos du 28.


"Lire, rêver, écrire".
Cher St-Ralph, je prends tellement de plaisir à te lire sur la blogosphère que cela me rend gourmande : ces mises en bouche quotidiennes ne me suffisent plus, je veux des agapes, j'aimerais lire tes textes, pourquoi ne nous offrirais-tu pas quelques extraits de tes textes d'antan, comme le fait généreusement Kinzy ?

kinzy a dit…

Lire, oui mais pas qu'un peu
Rêver, mais je crois qu'il est temps de se réveiller
Écrire, il y en aurait tellement à dire mais d'autres l'ont déjà si bien écrit.comme toi , comme vous
Sans doute aussi comme Maupassant que je n'ai pas encore lu et que je redécouvre grâce à ton billet.


Ma chère Liss arrête de penser que.(.)
je t'embrasse

Liss a dit…

Ma chère Kinzy,

que j'arrête de penser... que quoi ? Que tu es poète ou poétesse ? Mais je ne le pense pas, j'en suis convaincue ! je le sens, je le sais. Toi, tu peux dire ce que tu veux, et moi je sais ce que je sens.

Il y a des personnes qui se disent poètes parce qu'ils ont publié un ou des recueils de poèmes. Il y a d'autres personnes qui n'ont peut-être pas encore ou n'ont jamais publié de livres mais qui sont poètes dans l'âme. Et pour moi, la poésie commence là : dans l'âme.

La poésie c'est d'abord un état d'esprit, c'est un idéal. L'âme de poète, outre le fait qu'elle soit toute faite de générosité, je pourrais la définir comme ceci :
- distance avec les préjugés
- proximité avec les faibles, les opprimés, les sans-voix
- humilité et humanité sans bornes

Tu es tout cela, Kinzy, et en plus tu écris des textes profonds, dernière qualité des poètes (mais pas la première) : la densité de leurs textes.

Et je vais le prouver.

Mathilde Crn a dit…

bonjour,ou est ce que je peux trouver le vraie résumé qui fais au moins 3 page svp merci d'avance