Kangni Alem, c’est Cola Cola Jazz qui nous avait présentés l’un à l’autre. Le souvenir que je garde de cette rencontre ? Celui d’une quête des origines, d'un texte qui joue sur l’oralité et le franc-parler. Depuis, j’ai plus d’une fois eu l’occasion d’apercevoir l’auteur chez des amis bloggeurs ; et ça a été chaque fois pour moi l’occasion de me faire la promesse de le rencontrer de nouveau. J’ai donc pris rendez-vous avec La Gazelle s’agenouille pour pleurer, et nous avons conversé, Kangni Alem et moi, dans un tête à tête que seule sait réserver une œuvre à ses lecteurs.

La Gazelle s’agenouille pour pleurer est un recueil de nouvelles, une douzaine au total, très diverses bien qu’ayant un lien thématique apparent : la violence de l’homme qui brûle en lui toute trace d’humanité, violence du destin qui, dans certaines contrées, se lève poignard au bras et rictus aux lèvres. C’est le revers de la vie dans les pays pauvres. Tenez, l’œuvre peut sans doute être résumée, par cet extrait de « La Déchirade ». Le narrateur écrit à Habib, jeune épouse de son père, devenue sa maîtresse :
« Aujourd’hui je courtise les mots. Bien avant, tu le sais, j’ai eu envie, aux jours de chômage, de devenir chanteur, de faire de la musique, joindre ma voix à celles de Ray Lema ou Miles David et moduler les contours tronqués de la dictature banania blablabla. [...] J’ai ensuite trouvé ce job de veilleur de nuit à la morgue. Est-ce la compagnie des cadavres qui me fit changer de vocation ? Je voulus alors devenir peintre, concasser sur fond de toile, conjurer à l’encre ou à l’acrylique la triste théorie de la quotidienneté tiers-mondiste. Là non plus je n’avais pas le feeling nécessaire pour « créer juste », inventer quelque chose qui diffère des schémas et autres croquis de botanique où j’excellais au collège. » (p. 138)
Dans ce passage réside, à mon sens, le fin mot de ce bouquet de nouvelles : une esquisse de la « dictature banania blablabla » ; une peinture de la « quotidienneté tiers-mondiste ». Chaque texte explore un univers particulier : outre les guerres fratricides et leur conséquence, on peut évoquer la rivalité père-fils, les sectes et le fétichisme, l’enfance, l’immigration...
Les textes sont également différemment construits. J’ai par exemple apprécié la construction éclatée de la première nouvelle « La gazelle s’agenouille pour pleurer », une construction qui mêle littérature et cinéma.
Mes favoris ? Si vous n’avez pas le temps de tout lire ou voulez commencer par des morceaux de choix, je vous conseillerais « La Déchirade », « Le Pet de l’araignée », écrite dans le genre policier, avec une chute digne de ce nom ; et aussi « Le Miroir de l’âme » : justesse de ton, économie de mots. Les phrases sont coupées, coupantes, car la coupure dit mieux la violence. Sur ce point je ne me suis empêchée de faire un rapprochement avec Détonations et Folie. Bref, ce rendez-vous avec La gazelle s’agenouille pour pleurer n’était pas du tout manqué.
« Aujourd’hui je courtise les mots. Bien avant, tu le sais, j’ai eu envie, aux jours de chômage, de devenir chanteur, de faire de la musique, joindre ma voix à celles de Ray Lema ou Miles David et moduler les contours tronqués de la dictature banania blablabla. [...] J’ai ensuite trouvé ce job de veilleur de nuit à la morgue. Est-ce la compagnie des cadavres qui me fit changer de vocation ? Je voulus alors devenir peintre, concasser sur fond de toile, conjurer à l’encre ou à l’acrylique la triste théorie de la quotidienneté tiers-mondiste. Là non plus je n’avais pas le feeling nécessaire pour « créer juste », inventer quelque chose qui diffère des schémas et autres croquis de botanique où j’excellais au collège. » (p. 138)
Dans ce passage réside, à mon sens, le fin mot de ce bouquet de nouvelles : une esquisse de la « dictature banania blablabla » ; une peinture de la « quotidienneté tiers-mondiste ». Chaque texte explore un univers particulier : outre les guerres fratricides et leur conséquence, on peut évoquer la rivalité père-fils, les sectes et le fétichisme, l’enfance, l’immigration...
Les textes sont également différemment construits. J’ai par exemple apprécié la construction éclatée de la première nouvelle « La gazelle s’agenouille pour pleurer », une construction qui mêle littérature et cinéma.
Mes favoris ? Si vous n’avez pas le temps de tout lire ou voulez commencer par des morceaux de choix, je vous conseillerais « La Déchirade », « Le Pet de l’araignée », écrite dans le genre policier, avec une chute digne de ce nom ; et aussi « Le Miroir de l’âme » : justesse de ton, économie de mots. Les phrases sont coupées, coupantes, car la coupure dit mieux la violence. Sur ce point je ne me suis empêchée de faire un rapprochement avec Détonations et Folie. Bref, ce rendez-vous avec La gazelle s’agenouille pour pleurer n’était pas du tout manqué.
Né en 1966 au Togo, Kangni Alem s'illsutre dans tous les genres : théâtre, roman, nouvelle. Il est aussi metteur enscène, comédien, critique littéraire, traducteur, enseignant. Il a reçu le Grand Prix Littéraire d'Afrique Noire en 2003.
La gazelle s'agenouille pour pleurer, Le serpent à plumes, 2003.
Première édition : Editions Acoria, 2001.